Il faut des réformes radicales du marché du travail pour retrouver le chemin de la croissance

Plusieurs mesures de relance du marché du travail et de la croissance ont été faites par plusieurs intervenants, peu adressent les vrais sujets.  Le marché du travail en France est aujourd’hui bloqué pour deux raisons principales: les coûts associés aux licenciements, et les effets de seuil.

Les conséquences sont visibles : des PME’s qui n’embauchent pas en CDI et se rabattent sur des CDD’s et des emplois temporaires, des jeunes talents qui s’exilent pour démarrer leurs Start-ups et créent de la croissance et des emplois ailleurs qu’en France, et une partie grandissante de la population, particulièrement les jeunes, condamnée à la précarité, à la pauvreté et à l’insécurité.

Politiquement, cela se traduit par la montée des partis des extrêmes, qui canalisent le désespoir, l’incompréhension et la colère, tout en proposant des fausses solutions qui ne feraient qu’empirer la situation.

 

Faciliter le licenciement pour favoriser l’embauche en CDI

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cela fonctionne, malgré les protestations syndicales.  C’est parce- qu’il est relativement facile et peu onéreux de licencier en Suisse, au Royaume Uni, au Danemark et aux Etats Unis qu’ils ont des taux de chômage inférieurs à 5%.

En France, licencier quelqu’un qui ne donne pas satisfaction par son attitude ou par la qualité de son travail, ou simplement parce-que les affaires commerciales n’évoluent pas comme prévu ou si elle souhaite se réorganiser, est tellement compliqué et couteux que les employeurs hésitent grandement avant d’embaucher en CDI.  En effet, en évitant les CDI’s ils évitent de s’exposer au risque associé aux coûts de licenciement et au temps passé par le justifier, temps et argent qu’ils ne consacreront pas à développer les affaires et à poursuivre des opportunités.  Ceci ne concerne pas forcément les grands groupes cotés en bourse, qui peuvent se permettre des départements RH étoffés et des avocats spécialisés, ceci concerne surtout nos PME’s et nos Start-ups, qui ne possèdent pas les mêmes moyens.  Dans la mesure où 80% des emplois salariés se trouvent au sein de cette dernière catégorie d’entreprises, pour la plupart méconnues du grand public, on réalise l’impact majeur de ce problème dans le marché du travail français.  La difficulté et les coûts relatifs à un licenciement sont à la racine de ce triste marché du travail à deux vitesses qui caractérise la France, composé, d’une part, par une classe de travailleurs en CDI surprotégée et, d’autre part, par une classe de travailleurs précaires, sans espoir, sans avenir, piégés dans un système sans issues.

Nous aimons beaucoup le mot « solidarité » en France, voici donc une mesure qui donnerait à ce mot tout son sens: Osons sacrifier une part de notre sécurité du travail afin de permettre la diminution de la précarité et de la pauvreté, afin de donner aux plus démunis et aux exclus une opportunité d’inclusion et de progrès, afin de redonner de l’espoir et de la confiance en l’avenir aux jeunes, afin de démontrer que, en France, l’égalité des chances existe !

 

Supprimer les effets de seuil sur les PME’s pour favoriser la croissance

En France, il existe des seuils de 10, 20 et 50 employés, seuils à partir desquels l’employeur se voit imposer des nouvelles contraintes, des structures et des normes supplémentaires, et, forcément, les coûts qui y sont associés.  Il est notoire dans les statistiques le nombre d’entreprises de 9, 19 et, surtout, 49 personnes, qui ce sont ainsi organisées afin d’éviter ces seuils fatidiques.  Les résultats sur l’emploi sont tout aussi connus, avec des PME’s françaises qui laissent des commandes et des marchés leur échapper afin de ne pas être obligées d’embaucher « le » employé supplémentaire qui leur fera franchir l’un de ces seuils.  Il en résulte une grande quantité de PME’s qui restent volontairement petites dans leurs marchés respectifs, exposées à la concurrence d’entreprises sises dans des pays ou ses seuils n’existent pas et qui peuvent donc profiter d’économies d’échelle grandissantes au fur et à mesure qu’elles acceptent les commandes que les PME’s françaises refusent.  On demande aux PME’s de grandir et d’embaucher, mais pourquoi pousser le développement commercial international, pourquoi rentrer dans l’économie numérique, pourquoi acheter des concurrents en difficulté afin d’absorber leurs clients, si ceci veut dire que l’on dépassera un seuil à partir duquel tout devient plus difficile, alors que l’entreprise n’a pas encore forcément les moyens pour y faire face ?

Ceci est tragique au plus haut point.  Nos PME’s, certaines avec des savoir-faire formidables, des racines profondes et des produits de toute première qualité, des entreprises qui seraient capables de concurrencer d’égal à égal n’importe quelle autre entreprise sise n’importe où ailleurs, vivent dans des situations de croissance tronquée, n’embauchent pas, et s’affaiblissent face à leurs concurrentes.  Nous condamnons nos PME’s à ne pas profiter des économies d’échelle qui viennent avec la croissance, et en se faisant nous les rendons plus fragiles.

Pire, nous décourageons la création et l’éclosion des Start-ups dans notre pays.  En effet, je vois mal MM Gates, Jobs, Zuckerberg ou Bezos se soumettre aux contraintes françaises liées à la taille des entreprises, alors que grâce à la nature de leurs affaires ils peuvent faire exactement la même chose ailleurs et sans encombre.  Ceci est une des raisons pour lesquelles nos jeunes et brillants ingénieurs et entrepreneurs s’exilent pour créer leurs propres entreprises, avec les manques à gagner en croissance et en emplois qui en découlent.

Il est urgent donc de libérer nos PME’s et nos startups des contraintes liées aux effets de seuil.  Sachant que l’Insee estime qu’une entreprise peut être considérée comme rentrant dans la catégorie des PME lorsqu’elle emploie moins de 250 personnes, alors il faudrait supprimer les seuils de 10, 20 et 50 employés et le remplacer par un seuil unique de 250 employés.

 

Suppression des aides à l’embauche

En parallèle, il faut arrêter de gaspiller l’argent des contribuables et d’affaiblir notre système de protection sociale, il faut supprimer tous les plans d’aide à l’embauche et les mesures d’allègement de charges, qui ne créent que des effets d’aubaine à grands frais pour l’État et les collectivités, sans contrepartie réelle.

Le Medef aime ces mesures, on le comprend.  Mais il ne faut pas perdre de vue que le Medef n’est qu’un syndicat comme un autre, et qu’il défend les intérêts de ses membres, qui sont tous des grandes entreprises.  Or, qui profite le plus des effets d’aubaine que ces mesures proposent ?  Qui attire les jeunes, les pressent comme des citrons et les renvoient facilement?  Pour qui est-ce qu’un licenciement individuel n’est pas forcément un problème ?  Les syndicats patronaux représentant les PME’s sont quasiment inaudibles face aux moyens déployés par le Medef et sa couverture de l’espace médiatique, mais ils ne soutiennent pas ces aides avec autant d’insistance, leurs premières préoccupations étant les questions des licenciements et des seuils.

 

La part de responsabilité des syndicats des travailleurs

Il faut être prêts à confronter les syndicats de travailleurs avec leur part de responsabilité dans le manque de solutions au grave problème du chômage de masse français.  Il faut avoir le courage de regarder ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, et de corriger ce que doit l’être.  Ce ne sera pas tâche aisée pour quelques syndicalistes dont le fond de commerce est de porter une ligne dure et combative, mais il faut qu’ils reconnaissent que pour sortir de l’impasse, pour inclure les exclus, pour arrêter la précarité et pour créer des opportunités, le seul chemin efficace et réaliste est d’admettre des excès dans la réglementation, de faire de la pédagogie dans leurs rangs et d’adopter une posture de dialogue.  Il faudra que ces leaders se décident: défendent-ils que les droits de leurs affiliés, ou défendent-ils le droit à l’opportunité pour tous les travailleurs?

 

Des mesures fortes, des mesures efficaces

Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation paradoxale, ou avec des aides nous assistons nos entreprises les plus grandes et les plus fortes, les 0.2% qui représentent, certes, 50% de l’emploi salarié en France, tout en imposant des contraintes sur les plus faibles, les 99.8% restantes, mais surtout celles aussi qui représentent la grande majorité des opportunités de croissance et d’embauches.  Nous renforçons ainsi la fixation des situations, nous empêchons le marché intérieur de fonctionner, nous faussons la concurrence, nous plaçons des handicaps sur nos PME’s et nous les affaiblissons.  Le résultat est logique: nous perpétuons les inégalités et le manque d’opportunités de développement, et nous condamnons le tissu économique de nos régions.  Au final, est-il étonnant que le marché de l’emploi français soit dysfonctionnel?  Est-il étonnant que les régions se révoltent et votent les extrêmes?

L’assouplissement des licenciements et la suppression des effets de seuil qui pèsent sur nos PME’s sont les mesures fortes et efficaces dont la France a besoin pour sortir de la crise et créer de l’emploi et de la croissance.  En parallèle, la suppression des aides à l’embauche et des allègements de charges aideront à redresser nos comptes publics.

Des mesures pertinentes qui vont au cœur même des problèmes économiques et sociaux de notre pays, des mesures pour que la France profite de l’innovation, de l’énergie et des talents de nos Start-ups et de nos PME’s, des mesures dont la France a besoin pour qu’elle retrouve sa vitalité, son dynamisme et sa prospérité, des mesures pour que la France et les français retrouvent le chemin de la croissance et de la réussite.

 

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